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Coup d’Etat du 26 juillet 2023: Le préalable de la CEDEAO bloque les négociations

décembre 02, 2023 0 680

Le Ministre des Affaires Etrangères du Nigeria M. Yussuf Tuggar a jeté un pavé dans la mare le lundi 27 novembre 2023. Dans un entretien qu’il a accordé à la Radio Internationale BBC il a laissé croire qu’il y’a un préalable dans les négociations avec la CEDEAO. M. Yussuf Tuggar estime que la libération du président déchu Mohamed Bazoum était la condition qu’ils avaient posé aux autorités militaires nigériennes de transition, soutenant qu’il ne s’agit plus de l’exigence initiale de son rétablissement au pouvoir mais de sa libération. M. Tuggar d’ajouter que possibilité avait même été donnée aux autorités de nigérienne de choisir un pays, hors zone CEDEAO pour son extradition après sa libération.

Déplorant les propos tenus par le chef de la diplomatie nigériane, le Premier Ministre nigérien de Transition, M. Mahamane Ali Lamine Zeine intervenant sur la BBC le jeudi 30 novembre 2023 a estimé déplacées et inappropriées de telles attitudes entre le Niger et le Nigeria. Lamine Zeine s’est inscrit en faux contre les accusations faites au régime militaire nigérien de consentir des efforts pour la sortie de crise.Cette nouvelle passe d’arme qui intervient à quelques jours du sommet des Chefs d’Etat de la CEDEAO prévu pour le 10 décembre à Abuja laisse planer des doutes sur le sort qui sera réservé au Niger à ses assises. D’ores et déjà les autorités nigériennes de transition voient encore la main de la France dont la position est restée immuable depuis le début de la crise nigérienne.

 

Un vent d’incertitude souffle désormais sur le processus de négociations ou disons le plaidoyer pour la levée des sanctions prises par la CEDEAO à l’issue des événements du 26 juillet 2023. L’intervention du Ministre nigérian des affaires étrangères a révélé un préalable aux négociations et à la levée des sanctions. Il s’agit de la libération sine qua non du Président déchu Mohamed Bazoum. ‘’Les dirigeants militaires nigériens n’aiment pas entendre parler de cette condition’’ Une lueur d’espoir s’était pourtant profilée à l’horizon lorsque l’option d’une intervention militaire a été totalement décalée. Des chefs d’Etat de la CEDEAO fermes et rigides sur les autorités nigériennes de transition ont lâché du lest. Il reste qu’au Niger, le CNSP est convaincu que la France continue à manœuvrer, frappant à toutes les portes pour mettre à mal la transition. Niamey voit encore la main de la France…

Les propos du Ministre nigérian des affaires étrangères ont visiblement irrité les autorités de transition. Le Premier Ministre Mahamane Ali Lamine Zeine n’est pas passé par le dos de la cuillère pour déplorer l’intervention de l’Ambassadeur Yussuf Tuggar. Parlant d’efforts dans les négociations, il soutiendra que le Niger a non seulement accueilli des délégations de personnalités du Nigeria mais aussi envoyé des délégations de haut niveau au Nigeria. Il soutiendra par rapport à la libération du président Bazoum que les autorités nigériennes ne vont pas le garder éternellement, rappelant que dans l’Histoire des coups d’Etat, tous les Chefs d’Etat renversés ont été gardés et relâché plus tard au moment opportun. 

Le Premier Ministre Mahamane Ali Lamine Zeine sera appuyé par sa cellule  de communication, qui, jeudi 30 novembre 2023, dans un commentaire, parlera de ‘’mission commandée contre les intérêts du Niger et du Nigeria’’. ‘’La vérité est que l’Ambassadeur Yusuf Tuggar travaille contre le Niger pour le comptez de la France qui pense pouvoir continuer à contrôler les autorités nigériennes et à piller nos ressources’’.Il faut dire que l’ombre de la France dont la position est restée immuable depuis ledébut de la crise, alors que la position de la CEDEAO, d’autres pays africains et des puissances comme les Etats Unis ont évolué, plane encore sur le processus de la transition nigérienne qui tarde à prendre de l’envol. Les propos tenus par le Président Emmanuel Macron lors de la visite du Président Ivoirien Alassane Outtara à paris le 21 novembre 2023 ont renforcé la conviction des militaires nigériens que la France tient coûte que coûte à influencer la CEDEAO dans la conduite à tenir par rapport au processus de transition au Niger. Macron a souligné, en effet, à cette occasion ‘’que la libération de Bazoum constituait une condition préalable à toute négociation avec les putschistes’’. Au cours de la réunion avec Alassane Ouattara, Emmanuel Macron a également réaffirmé le soutien de la France à la Cedeao, soulignant l’importance de l’action coordonnée de l’organisation sous-régionale dans la résolution de la crise nigérienne. 

La visite de la Cheffe de la Diplomatie nigériane au Nigeria courant novembre est mise dans le même registre par les autorités nigériennes de Transition. Au siège de la CEDEAO à Abuja, ‘’Sur le Niger en particulier, qui est un sujet de préoccupation commun, j'ai dit au ministre Tuggar que la France soutenait depuis le début -et soutenait résolument - les efforts faits par le Nigeria, en présidence de la CEDEAO, désormais par la présidence du président Tinubu, et d'une façon générale, les efforts de la CEDEAO, pour la libération du président Bazoum et de sa famille, et pour le retour à l'ordre constitutionnel dans ce pays.

Tout cela est perçu par Niamey comme étant des manipulations de la France. Il faut dire que cette passe d’armes qui intervient à une dizaine de jours de la tenue du Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO qui va se pencher, entre autres, sur la situation qui prévaut au Niger annonce des lendemains incertains sur le processus de négociations et surtout sur la levée des sanctions attendue par les autorités nigériennes de transition. La CEDEAO vat-elle changer de fusils d’épaule et de stratégie par rapport à la situation du Niger ? Va-t-elle surtout prendre ses distances vis-à-vis de la France dont l’appréciation de la situation au Niger contrarie les initiatives de sortie de crise ? Une fois de plus, l’organisation communautaire joue sa crédibilité et sa survie par rapport au traitement du dossier nigérien qui constitue un véritable dilemme pour les Chefs d’Eta membres qui, il faut le dire, ont commis beaucoup d’erreurs par rapport à la gestion des dossiers de crise au Mali, au Burkina et en Guinée Conakry qui pèsent aujourd’hui sur la gestion de la crise nigérienne.

Adoum Boulkassoum

 

Dernière modification le samedi, 02 décembre 2023 17:02

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